L'antigaspi et les biodéchets comme support d'insertion : nouveau speed-meeting le 17 novembre 2026
Le 13 novembre 2025, la Fédération des Entreprises d'Insertion IDF a organisé pour le GRAFIE un speed-meeting dédié à la gestion des biodéchets et l'anti-gaspillage.
Ce speed-meeting, consécutif au webinaire du 12 juin 2025, fut donc une nouvelle opportunité de réunir encore d’autres acteurs en veille et en actions dans cette filière d’économie circulaire pour faire face aux enjeux réglementaires. Ce sont Altrimenti, Carton Plein Cyclo, EBS Le Relais Val De Seine, Suez Rebond Insertion, Le Sens de l’Humus, Hector Le Collector, PikPik Services Solidaires, Club Busin’ESS, Chantier Ecole Ile-de-France, Coorace Ile-de-France, Cluster Eaux Milieux Sols Paris et bien sûr la CRESS Ile-de-France et EQOSPHERE !
Cette action structurante autour des biodéchets et de l’anti-gaspillage s'est poursuivie avec un nouveau webinaire le 11 juin 2026. Un nouveau speed-meeting est programmé pour le 17 novembre 2026.
Nous vous proposons un focus sur le secteur et ses enjeux :
Selon l’ADEME, près de 96% des déchets verts et alimentaires ne sont pas triés et finissent dans les poubelles ordinaires vers l’incinération. Près de 50% des sols dans l’union européenne sont en manque de matières organiques.
Il y a donc les solutions possibles : ressources disponibles pour nos sols et ce, à travers le compostage ou bien la méthanisation. Les collectivités et pouvoirs publics se mobilisent. Depuis 2024 et dans toute l’union européenne, plusieurs lois (la plus connue étant la loi AGEC) s’imposent aux acteurs et obligent aux changements de paradigme. Pour mémoire, auparavant l’utilisation des biodéchets était surtout réintégrée aux sols agricoles. De 1940 à 1990, les politiques publiques ont abandonné progressivement ces pratiques pour massifier les flux vers les incinérateurs. En 1989, des précurseurs a mis en place les premières plateformes de compostages en IDF.
Aujourd’hui, la loi AGEC implique pour les pros de trier et valoriser les biodéchets. Pour les collectivités : mettre à dispo des habitants des solutions de tri et de valorisation. Selon l’ORDIF, les pratiques de collectes sont globalement distribuées au sein de Paris et la petite couronne. Pour les pratiques de compostages, elles sont un peu plus distribuées dans toutes les communes d’Ile-de-France. Cependant, 80% de la population n’a pas accès à une solution de valorisation de leur déchets alimentaire. Cela constitue un enjeu central des collectivités/politiques publiques et auquel l’insertion peut répondre.
Analyse observée avec d’autres types de déchets sur une limite des tris :
• Il y a un plafond non franchissable, depuis 30/40 ans dans les filières verres, cartons et déchets plastiques à 23% de collectés et ce, malgré les équipements présents partout. L’offre de solution ne permet donc pas de débloquer la demande de solutions.
• Ce n’est donc pas en proposant des composteurs individuels ou en mettant en place des points d’apports volontaires que, d’un coup, ils seront remplis. Et à ce titre, les paradigmes au sein des collectivités doivent encore évoluer.
• Aujourd’hui les capacités de traitement sont suffisantes : Assez méthanisateurs et de plateforme de compostage. L’enjeu est de les remplir et de réussir à sortir le plus de biodéchets des ordures ménagères.
Solutions et opportunités :
• Créer la demande par la sensibilisation : La réussite de la filière biodéchets ne repose pas sur l’offre, mais sur la création d’une demande citoyenne. Il est essentiel de sensibiliser les habitants à l’importance du tri et de la valorisation des biodéchets, en leur donnant les moyens d’agir et en favorisant le retour au sol. Cette activité, peu rentable pour des acteurs purement commerciaux, représente une opportunité pour les SIAE qui peuvent y trouver des métiers valorisants et accessibles (pas de nécessité à avoir un haut niveau d’études). Les collectivités, de plus en plus engagées, proposent des financements pour ces actions.
• Gestion de proximité : succès et limites : Certaines collectivités misent sur la gestion de proximité (composteurs individuels ou partagés), avec des résultats contrastés : si des citoyens motivés s’investissent bénévolement, le renouvellement des effectifs et la pérennité des sites posent question. La professionnalisation, via le suivi et l’accompagnement des sites et des usagers, apparaît comme une solution. Exemple : à Saint-Quentin-en-Yvelines, des formations et des appels d’offres sont lancés pour structurer cette gestion. Attention, cette opportunité de gestion de composteurs de proximité par des SIAE ne sera probablement pas prépondérante. Donc, si des organisations veulent se lancer, elles doivent absolument commencer par sonder les acteurs déjà présents sur cette activité car ils ont une expertise. Il est possible de se faire accompagner pour monter des sites et développer des activités de déchets de proximité.
• Opportunités pour les SIAE : Au-delà du compostage, la filière biodéchets génère des besoins en logistique, approvisionnement, équipement et gestion des exutoires, autant d’activités que les SIAE peuvent porter. Des synergies existent aussi avec d’autres secteurs (espaces verts, jardins partagés, logistique du dernier kilomètre). L’exemple de Carton Plein montre comment une activité initiale de cyclo-logistique peut s’étendre aux biodéchets.
Il est crucial de rapprocher le monde des biodéchets et celui de l’IAE, encore peu connectés. La CRESS encourage les acteurs à se rencontrer, à s’appuyer sur les réseaux existants (comme le Réseau Compost Citoyen Île-de-France) et à construire des alliances.
Ressources et prochaines étapes :
• Fiches retours d’expérience (REX) sur l’ESS et les biodéchets
• Guide « Gérer les biodéchets dans les territoires »
• Guide de formation biodéchets du cluster Eau Milieux Sols
• Médiathèque PGPROX du Réseau Compost Citoyen Île-de-France La CRESS se propose de faciliter les liens entre ESS et biodéchets, et d’introduire les acteurs auprès des MEUP.
AGENDA 2030 de la lutte contre le gaspillage alimentaire
L’élaboration de l’Agenda 2030, lancée en mai 2025, s’articule autour de trois objectifs principaux :
• Faire de la lutte contre le gaspillage alimentaire un levier majeur de la transition écologique et sociétale des systèmes alimentaires de production et de distribution et de consommation.
• Faire émerger des propositions opérationnelles à même de nourrir une stratégique de lutte contre le gaspillage alimentaire renouvelé.
• Renforcer l'efficacité des dispositifs existants et poser les fondations d’une action plus intégrée, mobilisatrice et mesurable pour les années à venir
Trois groupes de travail (GT) structurent cette démarche :
• GT1 – Mieux articuler entre eux les usages des excédents alimentaires : Repenser la hiérarchie des options de valorisation (de la prévention à l’enfouissement), face à la diminution des dons alimentaires. (En cause : les politiques anti-gaspi, la concurrence des applis de vente à prix réduit et des rayons anti-gaspi, qui réduisent les volumes disponibles pour la solidarité)
• GT2 – Adapter les systèmes de production, de distribution et de restauration à la lutte contre le gaspillage alimentaire sur 3 pans : normes, mesures de résultats et outils numériques pour adapter les systèmes de production et de distribution à la lutte contre le gaspillage alimentaire.
• GT3 – Mobiliser et former les acteurs professionnels dans les territoires et les organisations sur des enjeux de responsabilités (RSE1, RSO2, RST3) : Renforcer la responsabilité sociétale en intégrant la lutte contre le gaspillage dans les pratiques professionnelles (ex : évolution des fiches de poste), renforcer la responsabilité des gestionnaires publics sur ces enjeux, responsabiliser par la formation professionnelle.
Enjeux publics et perspectives : selon Xavier Corval, co-coordinateur des groupes de travail, le potentiel d’économies dans le secteur de la restauration collective publique serait de 900 millions à 1 milliard d’euros. Malgré des diagnostics et plans d’action prêts prometteurs, leur mise en œuvre bute parfois sur un manque de priorisation politique et une inertie des organisations. La sensibilisation et l’engagement des décideurs restent donc des leviers clés pour passer à l’action.
Les modèles économiques et l'évolution des flux :
• Perceptions et réalités de l’ESS dans la filière déchets
Une idée reçue persiste chez certains acteurs économiques : les structures de l’ESS (et notamment d’insertion) seraient destinées à collecter et à traiter les déchets quasimment gratuitement, voire à se contenter des flux non valorisés par les acteurs conventionnels. Cette vision, bien qu’en évolution, reste ancrée dans la culture historique de la filière emploi insertion-déchets, qu’il s’agisse de déchets durs ou organiques.
• Impact des politiques antigaspi sur les flux et les modèles économiques
Les politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire entraînent une diminution progressive des volumes de déchets collectés. Pourtant, les collectivités et les acteurs privés ont l’obligation légale (depuis le 1er janvier 2024) de trier à la source et de mettre en place des solutions de collecte et de traitement. Cette réduction des volumes impose aux acteurs de repenser leur modèle économique en passant d’une rémunération basée principalement sur le volume à une valorisation de la qualité de la prestation : impact social, clauses d’insertion, taux de revalorisation, bilan carbone, ou encore activités de dernier kilomètre.
• Contradictions territoriales et risques économiques
De nombreuses collectivités, comme l’Île-de-France, investissent dans des infrastructures de méthanisation par obligation de mise en œuvre de moyens, nécessitant des volumes importants de biodéchets, tout en promouvant la réduction du gaspillage. Par ailleurs, la rentabilité de la méthanisation dépend du prix de rachat de l’énergie : une baisse du prix du kWh peut fragiliser l’ensemble du modèle. Ces facteurs exogènes (politiques, marchés de l’énergie) doivent être anticipés pour assurer la pérennité des activités, sous peine de se retrouver en difficulté face à des changements brutaux.
Les coopérations entre acteurs de la réduction et de la revalorisation des déchets
Il existe beaucoup d’acteurs effectuant de la collecte mais le traitement des déchets se fait en majorité sur les plateformes d’acteurs comme Veolia ou Suez.
Le modèle économique des acteurs de la revalorisation : En 2015, EQOSPHERE a initialement combiné une rémunération basée sur des services experts de réduction des déchets et une part liée au volume de produits invendus orientés vers la solidarité. En 2015, ce modèle économique créant la même contradiction incitant au volume, fut abandonné. En effet, plus il y avait de produits invendus, plus l’entreprise était rémunérée, ce qui allait à l’encontre de sa mission de réduction du gaspillage. Aujourd’hui, de nombreux acteurs continuent de fonctionner selon ce modèle contradictoire, au lieu d’agir sur le problème initial de surproduction ou de créer de la valeur qualitative (L’action GRAFIE poursuivra, en 2026, cette réflexion).
Comment construire des coopérations réduction / revalorisation entre acteurs de l’ESS, conventionnels et collectivités ?
• La coopération entre acteurs de l’ESS et de l’économie conventionnelle a été illustrée par l’exemple du partenariat entre ÉQOSPHERE et un acteur majeur du recyclage. En 2017, une offre conjointe de réduction et de revalorisation des déchets avait été montée, mais son déploiement s’est heurté entre autres au mode de rémunération des commerciaux de Veolia, basée sur les volumes de déchets collectés. La réduction des déchets réduisait mécaniquement leurs commissions, ce qui a limité l’efficacité du partenariat. Du fait de la maturité acquise en termes de coopération par les 2 acteurs et des évolutions du marché, le partenariat est en cours de relance.
• Entre acteurs de l’ESS, la question se pose de savoir comment répondre ensemble aux appels d’offres et co-construire des activités de réduction et de revalorisation. Il est essentiel de mettre en avant, dans les réponses aux marchés, la complémentarité entre la collecte, le traitement et la réduction des déchets. Cela implique de proposer des services intégrés, en s’appuyant sur des spécialistes de la réduction comme ÉQOSPHERE, et de construire des argumentaires techniques et marketing communs, centrés sur la mission de transformation écologique et la valorisation des coopérations territoriales.
• Enfin, il est important d’anticiper les tendances et de se différencier par des modèles innovants et coopératifs. Une coopération capable de se traduire par une mesure ou une projection de l'évitement de coûts sur le plan environnemental et sur le plan financier par la collectivité locale, renforce l’attractivité des offres ainsi que la robustesse de contributions conjointes à la transition écologique et à l’économie circulaire.