Interview de Pierre Crépel, responsable du chantier d’insertion ACTES à Romainville
D’après les chiffres de la DRIEETS Ile de France, il y a près de 250 ACI sur le territoire francilien, quelques-uns d’entre eux sont directement portés par des collectivités territoriales, c’est le cas d’ACTES à Romainville. A l’approche des élections municipales de 2026, nous vous proposons un focus sur un mode de fonctionnement assez atypique.
Pouvez-vous nous présenter l’activité de votre structure ?
ACTES est l’Agence Communale de la Transition Écologique et Solidaire de Romainville. Les salariés en insertion sont positionnés au sein des services municipaux sur des activités qui ont du sens pour leur parcours professionnel et qui répondent aussi à la volonté de la ville d’être un employeur inclusif. Aujourd’hui, nous comptons 32 postes en insertion.
Pourquoi la ville a-t-elle choisi de porter directement un ACI ?
La création du chantier d’insertion remonte à 2020 avec un premier conventionnement en 2021. Ce choix s’inscrit dans une vision politique impulsée par la municipalité et son maire, François Dechy, engagé de longue date dans l’ESS. Plutôt qu’une structure indépendante, la ville a choisi un portage direct, afin d’intégrer pleinement l’insertion dans sa politique publique.
Quels sont les principaux supports d’activité ?
Historiquement, le chantier a démarré avec la Cité maraîchère, qui porte trois métiers : maraîcher urbain, éco-entretien et animateur auprès du public scolaire. Ensuite, nous avons intégré la restauration scolaire à travers la cuisine Maryse Bastié, qui prépare des repas frais et biologiques pour les enfants. Enfin, nous développons actuellement une conciergerie solidaire, avec des postes d’accueil, de logistique et d’animation dans des structures comme les centres sociaux ou la Fabrique de l’émancipation.
Vers quels débouchés professionnels s’orientent les salariés à la sortie ?
Les parcours sont diversifiés : certains poursuivent dans le même secteur (restauration scolaire, nettoyage, animation…), d’autres changent complètement d’orientation (création d’entreprise, association culturelle, alternance en éducation spécialisée, etc.). En 2023, nous avons enregistré 12 sorties dont 8 dynamiques, dont 6 vers l’emploi durable.
Avez-vous des partenariats pour faciliter les sorties en emploi ?
Nous n’avons pas de partenariats formalisés avec des acteurs privés, mais la ville peut recruter ponctuellement des salariés en insertion en sortie de parcours si des offres d’emplois ne sont pas pourvues. D’autres collectivités du territoire ont également recruté certains de nos salariés en insertion, leur positionnement en services municipaux étant un « plus » lors de leurs candidatures. Nous encourageons aussi fortement la réalisation de PMSMP (Périodes de Mise en Situation en Milieu Professionnel) qui permettent souvent de confirmer un projet et d’aboutir à un recrutement.
Comment est piloté l’ACI ? Y a-t-il un conseil d’administration ?
Il n’y a pas de conseil d’administration au sens associatif : le chantier d’insertion est directement porté par la municipalité. Le représentant légal est Monsieur le Maire, François Dechy. Le pilotage est partagé entre les élus, la direction générale des services et les techniciens : responsable de la Direction développement local et inclusion professionnelle, responsable de la Cité maraîchère, responsable de la restauration scolaire, conseillers en insertion, encadrants techniques, etc. Les décisions structurantes (ouverture et nombre de postes, recrutements, orientations stratégiques) sont prises et validées au niveau municipal — par exemple via une décision en conseil municipal — ce qui joue le rôle de l’instance de gouvernance qu’aurait un CA sur une structure associative. En pratique, la gouvernance s’organise donc par des allers-retours entre équipes techniques et élus, avec un reporting régulier aux financeurs (DRIEETS, Département).
Comment le chantier est-il identifié par les habitants et les partenaires ?
ACTES dispose de sa propre identité visuelle et d’une visibilité claire, à travers les événements municipaux, les publications et la signalétique. Les habitants nous connaissent, notamment par le bouche-à-oreille et grâce à la proximité avec la Fabrique de l’émancipation, qui réunit plusieurs acteurs de l’emploi (mission locale, PLIE, agence locale d’insertion).
Quelles sont les prochaines étapes de développement ?
Nous avons obtenu un financement supplémentaire de la DRIEETS en 2024, passant de 15,7 à 16,7 ETP, ce qui nous a permis de créer de nouveaux postes d’agents de "lien aux usagers". L’enjeu est désormais de consolider ces activités, de diversifier encore les parcours proposés et de renforcer la relation avec les entreprises pour multiplier les opportunités de sortie durable.